Trouver un travail au Japon, l’expérience de Clémence

Clémence, étudiante à la Linguage Japanese Language School a été récemment embauchée en CDI par une entreprise japonais. Elle a aimablement accepté de nous raconter son expérience.

 

 

 

 

Toutes nos félicitations ! Qu’est ce que ça te fait de décrocher ton premier travail au Japon ?

 

Je me sens libérée (rires). Tout le processus de recherche était tellement long et éprouvant, que le premier sentiment qui domine est le soulagement.

 

Avant de débuter, pourrais-tu revenir un peu sur ton parcours ?

 

J’ai étudié 6 ans dans une école de commerce en France, avant d’en ressortir diplômé l’année dernière. J’y ai principalement étudié le Marketing, mais j’ai passé deux années en stage dans l’industrie du luxe, et plus spécifiquement dans le « visual merchandising ». C’est un travail qui s’intéresse surtout à la manière de mettre en avant un produit en vente dans les grandes boutiques, plutôt qu’au produit en lui même.

 

J’ai étudié un peu en dilettante le japonais dans quelques classes entre le lycée et mes études en école de commerce, mais mon niveau était vraiment très basique. Les cours étaient en quelque sorte plus basés sur la culture, que sur une approche linguistique profonde.
J’ai rejoins une école à Osaka en octobre 2018, pour un programme intensif de 6 mois.

 

Pourquoi avoir décidé de rejoindre Tokyo ?

 

Mon petit ami est japonais, et nous vivions initialement à Osaka. Il a commencé à travailler dans une entreprise à Tokyo cette année, c’est pourquoi nous avons été amené à déménager.

 

Comment en es-tu venue à t’intéresser à la culture japonaise ?

 

Mon intérêt pour le Japon ne concerne pas vraiment un seul aspect en particulier, disons que je m’intéresse globalement à la culture depuis que je suis enfant. Durant mes études en école de commerce, j’ai eu l’occasion d’effectuer un échange à l’université de Wakayama, où je suis restée 5 mois. Cet échange concernait plus mes études d’économie, et je n’y ai pas vraiment étudié le japonais.
C’était tout de même une belle expérience, en immersion dans la culture japonaise et sa vie quotidienne. J’y ai rencontré mon petit ami, et c’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a motivé à revenir au Japon par la suite. De manière général, j’ai toujours eu envie de vivre ici.

 

Quand tu as commencé ta recherche de travail, avais-tu déjà une idée précise sur le domaine que tu souhaitais cibler ?

 

Oui, même avant de venir au Japon, j’ai toujours eu une idée assez précise du type de travail que je souhaitais pour une carrière au Japon. C’est un projet que j’ai longtemps maturé, pendant plusieurs années d’ailleurs, sans chercher à m’en détourner. Je savais que ce serait difficile, mais c’est un rêve qui me tenait vraiment à cœur. Quand tu te fixes un objectif, tu sais dans quel direction tu dois aller. Il est inutile de trop se poser de question, ou de trop intellectualiser son projet, le plus important c’est avant tout les actes concret que tu poses pour arriver à tes fins.
On passe évidemment pas des petites périodes de découragement. Il faut dire que j’ai reçu tellement de lettre du type « nous sommes désolé, votre profil nous intéresse, vous avez de bonnes compétences, mais votre niveau de japonais est insuffisant », que l’on se prend quand même à douter parfois de ses capacités en japonais.

 

 

Le niveau de Japonais

 

 

Quel était ton niveau de japonais avant de venir pour la première fois au Japon ?

 

Désastreux. Je ne pouvais presque pas parler, et devais utiliser la gestuelle pour m’exprimer. Dans l’ensemble il m’était compliqué de tenir une conversation avec des amis ou autres.
Heureusement j’ai pu acquérir de solides bases à l’écrit, en lecture et en grammaire, dans ma première école à Osaka. Elle était surtout spécialisé pour les étudiants qui souhaitent rejoindre l’université au Japon, ou des études supérieurs, et se focalisait donc beaucoup sur l’écrit.

 

Ton niveau de conversation à donc progresser à ton arrivée à Tokyo ?

 

Considérablement oui. A tel point que j’ai même pu commencer à passer mes entretiens d’embauche intégralement en japonais.

 

Comment expliques-tu cette progression à l’oral ?

 

A mon arrivée à Tokyo, j’ai pu intégrer une nouvelle formation au sein de la Linguage Japanese Language School, avec l’aide de Dokodemo. Ici, le programme est plus tourné vers la conversation, et le système d’enseignement pousse les étudiants à travailler en groupe, et à communiquer ensemble uniquement en japonais.
Mais aussi, j’ai décidé par moi-même d’arrêter d’avoir honte de faire des erreurs en japonais. J’ai finalement pris conscience qu’avoir honte de s’exprimer en japonais ne me mènerait pas bien loin, et qu’il était indispensable de sortir de ma zone de confort pour repousser mes limites (rires).
Maintenant, je mesure l’impact de cette décision sur ma progression. Je peux sortir avec mes amis japonais, et m’exprimer 90% du temps avec eux dans la même langue. J’ai souvent le droit à des « wow, c’est incroyable comme ton japonais a progressé ! » (rires)
Bien sûr tout n’est pas encore parfait au quotidien, mais je ne ressens plus le stress ni les difficultés du début de mon séjour pour m’intégrer à mon environnement au Japon.

 

 

Le travail

 

 

Pour quel type d’entreprise vas-tu travailler ?

 

J’ai été embauchée par un groupe français basé au Japon, et qui a bonne réputation ici. Il s’agit d’une entreprise de luxe spécialisée dans le prêt à porter. Comme j’avais déjà travaillé durant mes études avec les plus grandes marques de l’industrie du luxe, je souhaitais initialement postuler pour un grand groupe du domaine. Quand j’ai commencé mes premiers entretiens d’embauche, j’ai compris qu’avec mon niveau de japonais actuel, il serait préférable de réévaluer mes exigences.

 

En quoi va consister ton travail ?

 

Je ne sais vraiment encore quelle position précise j’occuperai. Je suis entrée en tant que « 新卒 » (しんそつ, nouveau diplômé), de la même manière que les japonais qui ont débuté leur quatrième année universitaire (au Japon la licence universitaire dure 4 ans).
Je débuterai donc mon travail en avril prochain, et serai tenu informé des détails sur mon poste en février. J’imagine que ma première affectation sera en magasin, pendant deux ou trois ans, le temps d’acquérir de l’expérience. Si ma formation initiale me destine plus à un travail de bureau, les entreprises japonaises ont pour habitude de faire passer le nouvel employé par tous les secteurs de l’entreprise, à partir du bas de l’échelle. J’ai demandé dans la mesure du possible à rester sur Tokyo, mais ce n’est pas garanti. Je peux être envoyé n’importe où, mais j’espère que je resterai ici.

 

Si je serai assigné à la vente dans un premier temps, mon objectif à plus long terme est de retrouver mon domaine initial, c’est à dire le « visual merchandising ». Au Japon, la logique d’entreprise est vraiment faite pour te tirer vers haut, pour t’enseigner et t’apprendre le métier. Alors c’est vrai qu’on commence par le bas de l’échelle, mais cette transition n’est que temporaire. Chaque année, on te propose d’apprendre de nouvelles compétences en occupant d’autres responsabilités au sein de l’entreprise.

 

Je pense qu’il me faudra acquérir pas mal d’expériences avant de retrouver mon poste initial que j’occupais en France, c’est mon but. Je sais que ça me prendra plus de temps, et nécessitera beaucoup plus d’efforts, que si j’avais simplement continuer de travailler en France. Mais j’ai fait le choix de venir au Japon, et j’accepte que la culture d’entreprise soit différente de chez nous.
Ça prendra peut être 5 ans, peut être 10 ans, je ne sais pas. Je me suis fixée cet objectif, et j’y arriverai un jour ou l’autre, par un moyen ou un autre. Il suffit aussi de rester patient.

 

Chaque expérience est nécessairement un enseignement. En France, je pensais que la chose la plus importante était d’avancer le plus vite possible dans ma carrière professionnelle, c’était du moins l’état d’esprit que l’on essayait de nous transmettre en école de commerce. Si j’étais restée en France, je pense que je n’aurais pas accepter d’occuper un poste d’assistante des ventes, compte tenu de ma branche d’étude.
Mais ici, je suis venu en me disant qu’il importait peu de savoir combien de temps je mettrai à atteindre mon objectif tant que j’y parviendrai.
Peut être que mes études n’ont pas grand chose à voir avec un travail dans la vente, mais cette expérience va me permettre d’apprendre de nouvelles choses qui font partie intégrante du métier et de l’entreprise dans sa globalité. C’est un peu une nouvelle façon de penser pour moi.

 

 

Le Keigo (niveau de japonais honorifique utilisé d’un point de vu hiérarchique au sein des entreprises japonaises)

 

 

Ton niveau de japonais a certainement dû être un critère déterminant pour ton entreprise lors de l’entretien d’embauche, surtout pour travailler dans un grand magasin de luxe ?

 

Ils attendaient de moi le même niveau de japonais qu’un étudiant japonais doit avoir dans une université au Japon. Bien sûr, ils ont parfaitement conscience que je ne suis pas native, et m’ont pardonné assez naturellement quelques petites erreurs d’expression, mais le niveau des échanges était globalement assez élevé.
Je me souviens d’ailleurs ne pas du tout avoir compris certaines questions, mais comme il s’agissait d’un entretien groupé, je me suis aidé des réponses des autres candidats pour ne pas perdre le fil.
Mais ce qui était vraiment le plus compliqué, c’était le Keigo. Ils attendent de nous une expression parfaitement structurée, hiérarchisée et déférente, un type de japonais que je ne maitrise pas totalement encore. Je dois beaucoup m’améliorer sur ce point là.

 

 

 

 

La recherche de travail

 

 

Tu es actuellement en période de transition ?

 

Ce qui est bien dans le système d’embauche japonais, c’est que même si mon contrat ne débutera qu’à partir d’avril, je pourrais avant cela travailler à temps partiel dans l’entreprise. Je peux ainsi continuer mes études de japonais à l’école, et aménager mon emploi du temps avec quelques jours de travail pour commencer doucement à m’acclimater à ma futur activité. Bref, je pense pouvoir m’habituer à un maximum de nouvelles choses avant de rentrer dans le vif du sujet (rires), enfin j’espère. C’est l’objectif en tout cas.
C’est la manière de procéder ici au Japon, les nouveaux employés sont formés avant même l’entrée dans l’entreprise. Pour beaucoup, ils signent même parfois leur contrat de travail un an avant qu’il soit actif.

 

Comment as-tu débuté ta recherche de travail ?

 

J’ai commencé peu de temps après être arrivée à Tokyo, en avril de cette année. Toutes les démarches étaient vraiment intenses, avec deux ou trois entretiens par semaine, divers séminaires et salons de événements. Oui, on peut dire que c’était vraiment intense.

 

Comment as-tu cherché des offres d’emplois ? As-tu participé à des salons spécifiques ?

 

Non jamais, principalement parce que les entreprises que je visais ne participent pas à des salons de recrutement et organisent leurs propres séminaires.
Toutes mes démarches se sont surtout déroulées en ligne via des plateforme de recrutement par internet. Tu choisis les entreprises que tu vises, et tu t’inscris directement à leur séminaire en validant par e-mail.

 

Pour combien d’entreprises as-tu postulé ?

 

J’ai postulé pour 16 entreprises, mais les démarches n’ont pas toutes forcément abouties. Parfois, tu renvois ton formulaire de participation, mais tu ne reçois aucune invitation de retour pour participer au séminaire de recrutement. La procédure s’arrête avant même d’avoir commencé.

 

Comment se déroule ces démarches d’inscription en ligne ?

 

Premièrement, je me suis inscrite sur une plate forme de recrutement (リクナビ) avec l’aide de mon professeur qui m’a assisté durant l’intégralité de la procédure, principalement parce que mon niveau de japonais du moment était insuffisant. Tu dois écrire une présentation assez complète de toi même, de ton parcours scolaire, de tes expériences professionnelles. Parfois c’est vraiment compliqué de trouver les mots juste en japonais, et de ne pas avoir l’air de parler comme une enfant de 5 ans (rires).

 

Quand une entreprise t’intéresse, tu envois une demande en ligne, et il te retourne alors un questionnaire où tu dois répondre à quelques questions. La plupart d’entre elles nécessitent un minimum de 400 mots pour chacune des réponses. Ça m’a pris plusieurs après midi de travail, chaque jour, chaque semaine, juste pour rédiger ces réponses. Heureusement, je pouvais compter sur les corrections de mes professeurs.

 

Ensuite, tu te rends au séminaire de recrutement de l’entreprise. C’était assez impressionnant de se retrouver au milieu de plus de 150 étudiants japonais, tous habillés en costume noir. C’est un peu comme le début de l’ouverture de la chasse (rires). Au départ, j’étais un peu intimidée d’être la seule occidentale. Durant le séminaire, l’entreprise organise une rétrospective de son histoire, détaille les différents corps de métier, met en avant les avantages que représente une carrière chez eux, etc…. Au final, c’est assez long.

 

As-tu rencontré des difficultés à suivre ces séminaires ?

 

Ils étaient tous intégralement en japonais, et certains d’entre eux étaient vraiment difficiles, tout particulièrement quand les entreprises parlent de leurs avantages, de leurs couvertures médicales spécifiques, « On vous offre tel avantage à cet âge là, et vous en tirerez tel autre bénéfice à tel âge ». Je n’ai pas compris grand chose.
Pour ce qui est de l’histoire des entreprises et de leur ADN, c’était plus facile, il faut dire qu’il s’agissait de grands groupes de luxe, européens pour la plupart. Parfois, je pouvais même profiter d’une version européenne des vidéos de présentation, en anglais, avec des sous-titres japonais. Ce sont les seuls moment où j’ai pu tirer un semblant d’avantage sur les autres, autrement tout était toujours en japonais.
A la fin, ils nous demandent si l’on a des questions, mais je ne me sentais pas d’en poser, tout simplement à cause de la barrière du Keigo.

 

Avant de pouvoir obtenir un éventuel entretien, on doit écrire une nouvelle lettre de motivation, à la main et directement sur papier, avec pour principale question « Qu’avez-vous pensé du séminaire ? ». A ce moment là je me suis juste dit « Je n’en sais rien, je ne sais pas comment l’expliquer en japonais…. » (rires).
Je ne sais pas vraiment écrire les kanji. Je sais les reconnaitre, les lire, je les comprends, mais pour la plupart je suis incapable de les écrire à la main. Je n’en avais pas écrit à la main depuis très longtemps, on utilise habituellement des tablettes ou des ordinateurs à l’école.

 

Et sur le code vestimentaire requis ?

 

Là j’ai eu de la chance. S’agissant de l’industrie du luxe, les compagnies étaient un peu plus progressistes que les vieilles entreprises japonaises sur ce point. Ils nous ont demandé d’adopter le style qui selon nous reflète le mieux l’image de l’entreprise, sportif, élégant, féminin, mais pas forcément la panoplie complète utilisée habituellement pour les entretiens d’embauche.
J’ai même vu certaines personnes passer des entretiens en jean et basket, c’était assez surprenant.

 

Comment s’est déroulé ton entretien d’embauche avec ton entreprise actuelle ?

 

Juste pour cette entreprise, ça a pris environ un mois et demi. Entre chaque étapes, il faut compter au moins une semaine d’attente. Tu envois ta pré-inscription, tu te rends au séminaire d’entreprise, et quand tu retires le dossier de candidature, tu as une semaine de délais pour le remplir, et encore une semaine d’attente pour recevoir une réponse pour un entretien éventuel. Voilà, ça se passait comme ça à chaque fois.

 

Une fois que je me suis inscrite sur la plateforme de recrutement, je me suis rendu donc rendu au séminaire qui m’intéressait. Ça a durée environ 3h30, et l’atmosphère était assez étrange. A la fin, j’ai dû écrire une petite lettre de motivation en expliquant les raisons pour lesquelles j’étais intéressée par cette entreprise en particulier, et ce que je pensais d’eux. Ils la lisent, et si ils considèrent le profil comme intéressant, ils t’envoient un dossier de candidature.
Là les choses étaient déjà plus compliquées, le dossier était bien plus long à remplir, chaque réponses aux questions devaient contenir un minimum de 400 caractères.

 

Si la candidature est retenu, ils te convient à passer un entretien. J’ai passé le premier avec une responsable des ressources humaines. Et puis j’ai eu le feu vert pour un second entretien avec un manager et cette même responsable RH.
Le second entretien s’étant bien déroulé, j’ai été invitée à passer l’entretien final avec le chef des ressources humaines, et le directeur régional des ventes.

 

Au contraire du dernier entretien que j’ai passé seule, les deux premiers entretiens se sont déroulés avec trois autres candidats. J’étais tellement heureuse au moment de signer mon contrat de travail.

 

Peux-tu nous en dire plus sur les entretiens d’embauche au Japon ?

 

Les entretiens au Japon, ce n’est pas que tu te sente forcément honteux, mais tu as parfois l’impression que c’est le grand blackout. Je me suis sentie parfois tellement bête durant les entretiens. Même les questions qui peuvent paraître les plus simples pour des étudiants japonais, pour moi c’était plutôt quelque chose du genre « mais de quoi est-ce que vous êtes en train de parler ? » (rires).

 

J’ai passé un peu plus d’une douzaine d’entretiens au Japon. Ça peut sembler beaucoup. Dans le passé, j’ai aussi participé à un nombre incalculable d’entretiens en français ou en anglais, surtout pour des stages. La plupart du temps, tu n’avais qu’à réfléchir à l’avance à ce que tu allais dire pour te mettre à ton avantage.
Pour les entretiens japonais, c’est la même chose, mais tu dois en plus réfléchir en même temps au bon niveau de langue à utiliser, quelle forme honorifique, etc…..
C’était un vrai challenge que de devoir prendre en compte ces deux aspects à la foi, et je me souviens être sortie complètement éreintée de certains entretiens.

 

Tu as parlé tout à l’heure d’entretien en groupe ?

 

J’ai dû quelques d’entretiens de groupe, souvent avec trois autres candidats japonais en même temps.
Ce n’est pas seulement des questions à répondre les unes à la suite des autres. On nous plaçait en situation, on devait faire des petites exercices d’écoute et de conversation, se présenter comme si l’on était au sein de l’entreprise.
Dans d’autres cas, on devait discuter entre nous de certains cas d’entreprises précis, et déterminer en groupe les points faibles et les points forts de chaque situations.

 

Beaucoup de personnes pensent que le processus de recherche de travail au Japon est très différent des autres pays. Es-tu d’accord avec ça ?

 

De mon expérience, je pense en effet que c’est totalement différent. J’ai travaillé en France et à Hong-Kong, avec des mentalités de management très occidentales, c’est à dire qu’ils se basent beaucoup plus sur tes compétences et tes expériences passées. Ils te questionnent sur ce que tu as étudié à l’université, quels stages tu as effectué, ou encore quel club tu as pratiqué dans ton école. Les entreprises voulaient savoir quel était mon rôle dans mes précédentes expériences, et si j’avais déjà eu à manager d’autres personnes au sein d’une équipe.

 

Au Japon par contre, ils s’intéressent plus à qui tu es vraiment, à ta personnalité, à quels types de valeurs tu peux apporter à l’entreprise. Par exemple, certaines entreprises voulaient savoir où est-ce que j’achetais mes vêtements. Je n’avais jamais eu à répondre à ce type de questions auparavant dans mes entretiens, et c’était vraiment surprenant. On m’a souvent demandé quelles étaient mes attentes concernant l’entreprise, quelles étaient mes valeurs morales, c’était une première pour moi.
Les entreprises japonaises embauchent surtout des étudiants tout juste sortie de l’université, et ne s’attendent donc pas à ce que tu ais déjà pu développer de grandes compétences. Elles cherchent plutôt à savoir si le candidat possède le bon état d’esprit, la bonne disponibilité intellectuelle, pour pouvoir apprendre au sein de l’entreprise.
Si ça ne colle pas à la base, tu as peu de chance d’être embauché, mais si ils sentent que tu représentes bien les valeurs portées par l’entreprise, c’est ok.

 

J’imagine que ta stratégie pour mener ces entretiens à évoluer au fil de tes expériences ?

 

Au fil des entretiens que j’ai passé, j’ai commencé à anticiper le type de question que l’on allait me poser et comment y répondre. J’ai aussi passé énormément de temps à faire des recherches sur les entreprises, pas forcément pour y adapter mon discours, ça aurait forcément sonné un peu faux. Mais j’ai pensé que ce serait un bon moyen de trouver les aspects de ma personnalité qui pourraient s’accorder avec celle de l’entreprise, et sur lesquels il serait bon d’insister. J’ai en quelque sorte adapté ma stratégie, en mettant notamment en avant mon expériences, le seul point sur lequel je pouvais m’appuyer pour me différencier des autres candidats japonais.

 

De cette manière, j’ai pu montré que j’étais travailleuse, débrouillarde, et que je pouvais m’adapter facilement à de nouveau environnements. Maintenant, avec le recul, je me rends toutefois compte que le caractère et la personnalité de l’étudiant, son côté émotionnel, prime largement plus que son expérience.
Je ne sais pas si mon expérience est vraiment représentative de tous les types d’entretiens au Japon, mais c’est la conclusion que j’ai pu en tirer, et elle semble corroborer également avec celle de mes amis japonais.

 

Tu as parlé plus tôt dans l’interview de l’aide apportée par tes professeurs. Quel rôle à jouer ton école dans ta recherche de travail ?

 

Leur aide a vraiment été considérable. Presque tous les jours, ils m’ont aidé à remplir les dossiers de candidatures, à mener les recherches. Ça a pris un temps considérable au quotidien, et pourtant ils ont toujours été présent pour m’assister dans les démarches.

 

Si j’ai choisi la Linguage Japanese Language School, c’est initialement parce que leur programme était essentiellement tourné avec comme principal objectif d’aider les étudiants à trouver un travail au Japon, et plus largement d’atteindre leurs objectifs. Ça s’est révélé en tout point exact (rires).

 

C’était ce que j’attendais de cette formation. Bien sûr, je souhaitais également améliorer mon japonais, mais mon objectif principal était quand même de maitriser les subtilités du processus de recherche de travail au Japon.
La méthode d’enseignement est particulièrement bonne, bien équilibrée, là où d’autres écoles sont parfois un peut trop scolaires dans leur approche. Ici, tu apprends comment parler japonais pour vivre au Japon, du très concret. C’est la raison pour laquelle j’ai vraiment pu progresser et m’épanouir dans cette école.

 

Nous avions régulièrement des ateliers consacrés spécifiquement à la recherche de travail, des projets de groupe, et des cours de japonais des affaires et de keigo pour nous apprendre à utiliser le bon niveau de langue dans le bon contexte au sein de l’entreprise. Cet enseignement en japonais me sera vraiment très utile quand j’aurais commencé à travailler.
Ma classe était de niveau intermédiaire, et nous avons par conséquent étudier beaucoup de grammaire et de vocabulaires pratiques, le but étant surtout de pouvoir être opérationnelle pour parler en japonais.

 

Nous utilisons beaucoup d’outils numériques en cours, tu n’as donc pas besoin d’apporter des tas de livres tous les jours dans ton sac, et tu as directement accès aux manuels en ligne sur les tablettes prêtés par l’école. C’est un vrai plus. En revanche, il est vrai que l’on pratique moins l’écriture à la main. On écrit pas mal de petits textes en classe, toujours contextualisé dans la recherche de travail, et des scènes concrètes que quotidien, pour apprendre à bien utiliser les points qui ont été étudiés. Quand j’ai participé aux séminaires de recrutements des entreprises, les capacités à écrire les kanji à la main n’étaient pas vraiment prises en compte, j’imagine que mon niveau d’expression écrite était donc suffisant.

 

Les professeurs sont toujours très disponibles pour les étudiants. Ils sont aussi un support moral très appréciables.
Ils nous aident durant toutes les étapes des démarches, de l’inscription à la plateforme de recrutement, la sélection des entreprises, la mise en contact avec des vrais agences sérieuses de recrutement.
On m’a beaucoup fait pratiquer l’exercice des appels téléphoniques, parce que j’avais beaucoup de mal à comprendre ce que dise les japonais quand ils parlent au téléphone. Les formes grammaticales utilisées dans ce type de contexte sont trop honorifiques, le débit de parole trop rapide, je n’étais vraiment pas rassurée sur cet aspect.
Quand les entreprises me téléphonaient, je ne répondais pas le premier coup. J’attendais un second appel avec un professeur à côté de moi pour me guider un peu durant la conversation.

 

On m’a aussi beaucoup appris sur la bonne gestuelle, et la bonne attitude à avoir pendant un entretien. J’ai débuté ma recherche de travail peu de temps après être arrivée à l’école, j’ai gagné un temps considérable grâce à cette formation, et éviter un tas d’erreurs récurrentes.

 

Je me souviens avoir écrit à un professeur  » Je suis trop stressée, je n’ai pas envie de faire cette entretien », et elle de me répondre « Ce n’est pas grave, fais de ton mieux. Tu as un vrai potentiel, et je crois en toi ». Ça peut paraître bête comme ça, mais sur le le coup, ça m’a apporté un vrai réconfort.
J’ai déjà passé beaucoup d’entretiens, mais je déteste toujours autant être jugé par des entreprises ou d’autres personnes. Je suis conscient des enjeux de ce type d’entretien, et c’est ça qui me stresse le plus. J’ai donc vraiment apprécié avoir ce petit soutien moral en plus, c’est un point positif pour moi.

 

 

A la Linguage Japanese Language School

 

 

Même si un étudiant n’a pas forcément encore un le niveau de japonais requis, lui recommanderais-tu tout de même de tenter la recherche d’un travail au Japon ?

 

Dans mon cas, l’entreprise qui m’a embauché n’avait pas vraiment comme première intention de recruter des candidats autres que des étudiants japonais. Quand ils m’ont vu arrivé, j’imagine qu’ils ont dû se dire « Qu’est ce que vous faite là avec ce niveau de japonais ? » (rires).
Mais oui, je pense que dans nos standards occidentaux, nous avons plus l’habitude de postuler pour une offre d’emploi précise, et non pour une entreprise en particulier comme c’est le cas ici.
J’ai vu passer beaucoup d’offres d’emploi qui nécessitaient impérativement un JLPT1 (rires). C’est indiqué « beginner job », mais ils demandent pourtant 5 ans d’expériences et un niveau N1.
Si on s’arrête juste à la description de l’offre d’emploi, ça à de quoi décourager.
Dans mon cas, je pense que si je n’avais pas eu le soutien de l’école et des professeurs, j’aurais continué de penser qu’il était impossible pour moi, avec mon niveau de japonais, de trouver un jour un vrai travail au Japon, je m’en serais jamais sentie capable.
Mais bon, au final, tu essayes, et au pire tu n’es pas retenu, ce n’est pas dramatique non plus. Si tu n’as pas été retenu, c’est qu’il n’y avait pas compatibilité avec l’entreprise. Il y a des milliers d’autres opportunités à travers le monde, ça laisse quand même une sacré marge de manœuvre.

 

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui aurait envie de tenter sa chance au Japon ?

 

Ne jamais abandonner.
Au début, je pensais « Est-ce que je suis vraiment en train de passer des entretiens d’embauche en japonais avec un tel niveau ? ».
Quand j’ai reçu mes premiers nombreux refus, j’étais vraiment dans l’état d’esprit de celle qui a rien à perdre, et j’ai continué à me rendre obstinément à tous les entretiens.
Je disais aux professeurs « Je vais me planter, c’est certains », et eux me répondaient « Vas-y quand même, tu ne peux que apprendre ».
Grâce à leur soutien, et à de l’obstination, j’ai commencé à réaliser qu’au dur et à mesure de mes échecs, mon niveau de japonais et mon approche des entretiens n’a cessé de s’améliorer.

 

Mes conseil ? Pratique, étudie sans relâche, ne ménage jamais tes efforts, et n’hésite surtout pas à demander de l’aide.
Fixe toi un objectif, et suis le.

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